Si je me laissais aller à la facilité, je ne peindrais que des roses...
Le blog de MARTA
Si je me laissais aller à la facilité, je ne peindrais que des roses...
Peindre des roses est similaire au travail des drapés. C'est un jeu de lumière sur la matière , un jeu de contrastes qu'il faut percevoir . En éclairant les bords des pétales, sans pour autant leur donner à tous la même intensité, la forme, si sophistiquée de la rose apparaît progressivement.
En structurant la toile, pour donner l'impression d'une surface abîmée, cela me permet de rajouter des cassures, et d'entremêler ainsi la rose avec le fond, comme s'il y avait fusion entre les deux . Le contraste entre le rustique d'un fond poncé, vieilli, et cette fleur si parfaite et si douce n'est pas pour me déplaire...
A la limite de l'abstrait...mais la mer nous facilite la tâche! Ce jeu rapide du couteau sur la toile, bataillant avec la matière, est assez jouissif. Pas de peaufinage, à la manière des impressionnistes, sauf dans le côté vaporeux de la brume ou la brosse est venue atténuer et fondre les marques du couteau.
Pas facile de trouver des sujets de cours ! On se lasse des natures mortes où s'entremêlent casseroles , bougeoirs et autres objets divers . Même s'il est évident que la poésie d'une oeuvre peut s'exprimer à partir de n'importe quel sujet, par l'intermédiaire de sa mise en scène , il est quand même préférable de varier les motifs. Ce jour là, un passage dans le jardin m'a fait regretter de ne pas avoir cours à cet endroit ! J'ai donc cueilli une brassée de soucis et emporté quelques pots de façon à les disposer comme dans la nature.
L'apprentissage technique était : "à la manière des impressionnistes"...Nous avons donc tous peint ensemble car c'est souvent plus formateur de voir peindre. Deux séances étaient nécessaires : ma phrase rituelle est "le peintre refait le monde"...ce message est purement technique, et en aucun cas philosophique...cela signifie seulement qu'il faut percevoir le fond , le "dessous des choses", avant de peindre ce que l'on perçoit en premier lieu. Ce que l'on voit d'une fleur ou d'une feuille , c'est le jaune lumineux ou le vert bien tendre...mais pour le peintre , ce ne sera que le détail qui s'ajoute en touche finale. Un jaune ne se perçoit bien que s'il vient sur une couleur plus sombre, et là , ce jaune clair prendra tout son éclat. Si de plus, une pointe de complémentaire n'est pas loin, ce sera parfait.
Pour réaliser des études, nous avons l'habitude de travailler sur papier enduit spécial huile. C'est moins onéreux qu'une toile et il est toujours possible de contrecoller une telle feuille sur toile ensuite, si le résultat est bon. Je n'ai jamais contrecollé cette réalisation. Pour moi, une étude reste une étude . Libre à chacun d'exploiter comme il l'entend une étude : tout ou partie de l'oeuvre, ou simplement en exploitant l'idée d'harmonie ou de contrastes...
Dans cette autre partie du tableau,
les contrastes sont affirmés
et l'impression d'espace par la profondeur me convient. Comme je suis une intuitive et que je "pars" souvent "à l'aventure" quand je peins, cette analyse qui suit la réalisation m'est
indispensable .
Et il y a ce bleu qui me ravit souvent : j'entends certaines qui se moqueront en me rappellant ma petite phrase finale..."il manque
peut être une petite touche de bleu..." !
Huile sur toile : format 60x 60
Histoire de fleurs autant que de couleurs : le bleu, qu'il soit de prusse ou d'outremer , de phtalocyanine ou de céruléum, le bleu a
ma préférence. Cela ne nuit en rien aux autres couleurs. Je pourrais vous parler de l'orange de quinacridone, autant que du grenat ou du carmin brûlé. Je cite des noms plus poétiques que les
énoncés de pigment, pourtant le nom de celui ci est primordial. Les pigments ont des caractéristiques qui leur sont propres et pour maîtriser les mélanges personnels, il m'est indispensable de
les gérer moi même . Je ne travaille donc qu'avec des couleurs mono pigmentaires . Aussi ma palette de couleur s'appelle PB 29 pour le bleu outremer, ou PB 15 pour le bleu de phtalocyanine
.Le nom du pigment est spécifié sur les tubes . Sous le tableau, j'insère une image d'étiquette ; celle ci, en l'occurence est celle de la marque winsor extra fine. Vous pouvez télécharger tous ces documents sur les sites des fabricants. Pour plus de facilités et d'entraide, je vais
rajouter dans la partie Liens, ceux des fabricants . Les magasins distributeurs n'en possèdent pas toujours, et hélas, les marques fines et moins pigmentées sont plus souvent
distribuées!
On dit souvent que la peinture à l'huile est plus facile, parce qu'elle laisse la possibilité de recouvrir les couches. C'est faux! Le principe de luminosité dépend de l'absorption de la lumière par la matière et de sa réverbération ; c'est un principe physique, et la saturation des pigments couches sur couches nuit à cette réverbération . Cela montre encore que le travail de réflexion est indispensable, ainsi que la connaissance des produits utilisés, notamment des pigments.
exemple de nuancier (cliquez sur ce lien ......Blockx)
La composition pigmentaire est affichée, et est obligatoire. Ainsi, lorsque l'on achète un tube de couleurs, qu'elle soit à l'huile, à l'aquarelle, à l'acrylique , à la gouache, et même pour les encres, le nom du ou des pigments est spécifié.
Je constate que je suis toujours attirée par les mêmes sujets, et j'avoue être surtout attirée par les effets de lumière...poésie, quand tu nous tiens!
Lorsque que j'ai peint ce lavoir, j'ai d'abord pris une photo, et la surprise a été de percevoir les couleurs du mur éclairé. Magnifique ! Le lavoir en soi n'avait pas vraiment d'intérêt, seul le mur m'attirait ; j'aurais sans doute pu en tirer autre chose, mais justement, c'est ce qui fait comprendre qu'un sujet pourrait être utilisé maintes fois et de façon différente.
Cette réflexion m'est nécessaire pour avancer ; ce cheminement de la pensée est indispensable dans le processus créatif . Il ne suffit pas de tenir le pinceau ou le couteau, et de mélanger des couleurs ; à ce stade nous sommes dans la concrétisation, mais d'une façon essentielle, la réflexion est responsable de la création.
voici le tableau : huile sur toile / format 12M
Et voici la photo qui a permis cette réalisation:
Collection privée : Huile sur toile / format 6P
Difficile de se séparer d'un tableau...je ne voulais pas vendre cet hortensia! ...................
Pendant de nombreuses années, je brûlais ce que je réalisais. Je faisais place nette, comme si j'avais constamment besoin de repartir à zéro ou de remettre les pendules à l'heure.
Geste rageur, nettoyeur, purificateur...bien que je n'aime pas ce mot qui porte une trop grande connotation religieuse...le fait de brûler, je le comprend maintenant, me permettait de faire place nette autant physiquement que spirituellement. Et à chaque fois c'était le point de départ vers un autre cheminement, jusqu'à ce qu'enfin, je me sente bien dans mes réalisations jusqu'à ne plus m'en séparer! Heureusement, ce tableau est chez une amie.
Collection privée : Huile sur toile
réalisation au couteau
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